Saint-Denis Centre sous les bulldozers

Article paru dans le journal « Dos aux Murs » N°0

À l’image d’une banlieue sans cesse détruite puis reconstruite, le centre-ville de Saint-Denis n’est pas épargné par le ballet des grues et des camions de chantier.

Le Programme National de Rénovation des Quartiers Anciens Dégradés (PNRQAD) est à l’oeuvre. Six lettres pour une opération commune à une quarantaine de villes en France, qui cachent la même volonté : détruire les centres-villes populaires et les réaménager pour attirer une nouvelle population plus riche, familiale (mais pas trop), blanche et propre sur elle…

Signé en 2010 pour une période de six ans, le PNRQAD lie la municipalité à l’État en échange d’une subvention de 52 millions d’euros, un budget énorme dont 10 millions viennent de financements privés… Quelle en sera la contrepartie ?

Sous prétexte de lutter contre l’habitat insalubre et rénover les logements, le plan prévoit 150 démolitions et 1 200 réhabilitations de logements sur les 10 000 du centre-ville. Soit autant de déplacements, expulsions ou expropriations d’habitant.e.s. Si on peut se réjouir, dans un premier temps, de l’attention enfin portée aux immeubles insalubres – 45 % des logements dans les quartiers Brise Echalas, République-Gare et Porte de Paris-Résistance, cibles prioritaires du PNRQAD – le programme n’a pas tardé à montrer son vrai visage : les expulsions se sont multipliées cet hiver (4 immeubles en novembre et décembre 2011), laissant une cinquantaine de personnes à la rue sans qu’aucune solution viable ne leur soit proposée, malgré trois mois de lutte et un campement sur le parvis de la mairie.

Habitué.e.s à parler la langue de bois, les élu.e.s locaux affirment que « les plans de rénovation n’excluront personne, tout le monde sera relogé sur place » et qu’il faut « permettre à la population actuelle de demeurer sur le quartier ». Pourtant, le nombre de relogements hors du centre-ville est estimé à 120 par le PNRQAD. De plus, 20 % des familles délogées par de précédents plans de rénovation sur Saint-Denis ont des difficultés à retrouver un logement et sont restées dans la galère pendant plus de 2 ans. Enfin, les critères de relogement sont sélectifs et excluent une partie des habitant.e.s. Quelles solutions pour les personnes qui squattent, les personnes sans papiers ou simplement celles qui ne veulent pas partir ? Rappelons que le nombre de logements vides avoisine toujours les 2 000 sur la ville.

Le nombre de logements sociaux, contrairement aux effets d’annonce de la mairie, tend à diminuer. Il représentait 46 % des logements en 1999, 43 % en 2006 (1)  et les prévisions du PNRQAD pour le centre-ville sont encore inférieures : sur les 2 quartiers Brise Echalas et Porte de Paris, une lecture minutieuse de la convention nous apprend que seuls 30 % des futurs logements construits seront dédiés au logement social. Loin des besoins réels, l’arnaque ne s’arrête pas là : la répartition de ces 30 % entre catégories de logements sociaux PLAI, PLUS et PLS (2) ne prévoit qu’un tiers de logement PLAI (les plus sociaux, 1 100 € de revenus maximum par personne et par mois). C’est donc uniquement 10 % des nouveaux logements qui seront accessibles aux plus précaires.

Les réalités du PNRQAD sont loin du rêve que les bailleurs s’évertuent à nous vendre. Les decideurs doivent pourtant garder une bonne image et éviter la colère des habitant.e.s : des réunions « participatives et de concertation » (les démarches quartiers) ont été mises en place autour des plans de rénovation. Les habitant.e.s sont invité.e.s à donner leur avis, et les élu.e.s donnent l’impression de les écouter et de prendre en compte leurs problèmes. La société privée de communication « SDI » qui anime ces moments à la manière d’un jeu télévisé évite délibérément une analyse de fond des problèmes, verrouille la parole et joue la corde sensible et immédiate des réactions de voisinages. Cette mascarade démocratique est fondamentalement utile aux dominant.e.s pour imposer leurs projets en leur apportant une caution populaire. En réalité, les décisions sont déjà prises. Lors de la restitution de ces « démarches quartiers » en janvier 2012, on apprenait que seuls 250 questionnaires avaient été restitués… sur près de 110 000 habitant.e.s !

Toutes ces transformations orchestrées par la mairie ont pour objectif une « mixité sociale » qui n’est rien d’autre qu’une chasse aux pauvres. Que reste-t-il aujourd’hui de la ville populaire, qui fut un temps la plus grande ville industrielle de France ? Les places qui tendent à se transformer pour un aménagement aseptisé et sécuritaire (3) ? Son habitat industriel, volontairement laissé à l’abandon pendant des décennies ? Les biffins, de plus en plus harcelés ? Les immigré.e.s, chassé.e.s constamment ?

La lutte contre le trafic de drogue est utilisée comme prétexte pour mettre en place des politiques sécuritaires. Dans le centre-ville, on commence à voir les effets de cette karchérisation : la mairie multiplie par deux les forces de police municipale et négocie l’augmentation d’effectifs de la police nationale. Dans le cadre du PNRQAD, les secteurs Porte de Paris et Brise Echalas sont les premiers touchés. « Saint-Denis avance » pouvons-nous lire sur les affichages municipaux… mais vers où ?!

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(1) Source : INSEE 2006

(2) Pour les termes technocrates barbares, se rapporter au glossaire final

(3) Ces nouveaux aménagements sont dits de « prévention situationnelle », c’està- dire pensés par nos chers urbanistes pour rendre plus efficaces la surveillance et le contrôle, en libérant l’espace de tout recoin possible. L’aménagement du nouveau parvis de la gare RER de Saint-Denis en est un exemple parfait.

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2 Responses to Saint-Denis Centre sous les bulldozers

  1. plaiecommune says:

    Ouais pas faux mais pas seulement…
    Si tu trouves notre blog intéressant merci de diffuser l’info. On vient de le lancer.

  2. pardofornaciari says:

    en plus, c’est come ça qu’on détruit la mémoire historique du Paris de la Commune

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